Cameroun : Bilan 2018 et perspectives 2019, par Louis-Paul MOTAZE

Retrouvez le discours intégral du ministre des Finances, Louis-Paul MOTAZE, face aux députés de la Nation. Notamment ceux de la Commission des Finances et du Budget de l’Assemblée nationale. C’était le 22 novembre 2018 à Yaoundé.

« Madame la Présidente de la Commission des Finances et du Budget de l’Assemblée Nationale,

Honorables Députés, membres de la Commission des Finances et du Budget,

Mesdames et Messieurs,

Qu’il me soit permis d’entrée de jeu, au nom du Gouvernement, de Monsieur le Ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, de Messieurs les Ministres Délégués, des Collaborateurs qui nous accompagnent et au mien propre, de vous remercier très sincèrement pour les propos aimables et encourageants que vous venez de prononcer à notre endroit. Ils traduisent non seulement la chaleur de votre accueil, mais aussi et surtout, l’excellente collaboration entre votre Auguste Commission et le Gouvernement, laquelle s’inscrit dans le respect réciproque des dispositions de la loi portant régime financier de l’Etat.

Madame la Présidente de la Commission des Finances et du Budget,

Mesdames et Messieurs les Commissaires,

Mesdames et Messieurs,

Je mesure l’étendue de l’honneur qui nous est fait, ainsi que la dimension de la responsabilité qui est la nôtre en pareille circonstance. Le soutien précieux, constant et sans réserve que vous apportez à la politique de développement économique, social et culturel, définie par S.E. M. Paul Biya, Président de la République, et mise en œuvre par le Gouvernement que conduit le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Monsieur YANG Philémon, nous conforte dans l’idée que l’effort de redressement économique national, en marche, nous mènera inexorablement vers l’émergence à l’horizon 2035.

Aussi, est-ce avec un immense et réel plaisir que le Gouvernement à travers mon département ministériel, dans la perspective de l’examen du projet de Loi de finances de l’année 2019, vient souscrire auprès de la représentation nationale, à l’obligation d’informer le parlement sur l’évolution de la conjoncture économique internationale et nationale, sur les orientations des finances publiques et sur la poursuite des projets d’investissement induite par la mise en œuvre des politiques publiques, sous-tendues par le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE).

Cet exercice, nous en sommes convaincus, nous permettra ensemble comme par le passĂ©, et tout au long de la prĂ©sente session, d’enrichir le projet de loi de finances de l’exercice 2019, et d’obtenir un budget dont l’exĂ©cution devrait favoriser l’amĂ©lioration du bien-ĂŞtre des populations que vous reprĂ©sentez.  

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Commissaires,

La loi N°2018/012 du 11 juillet 2018 portant régime financier de l’Etat et des autres entités publiques, fait obligation au Gouvernement de joindre au projet de loi de finances, un Rapport sur la Situation et les Perspectives Economiques, Sociales et Financières de la Nation. Ledit Rapport, que j’ai l’honneur de présenter ici, retrace les faits socio-économiques et financiers marquants de l’année 2017, ainsi que la conjoncture à fin juin, voire fin septembre 2018. Ce Rapport présente en outre l’exécution budgétaire en 2018, ainsi que le projet de budget de l’exercice 2019.

Mon propos s’articulera autour de trois principaux points : en premier lieu, je vous entretiendrai sur l’évolution rĂ©cente de l’environnement Ă©conomique tant international que national. Ensuite, un bref aperçu sera fait sur l’exĂ©cution budgĂ©taire en 2018. Le dernier volet de mon propos sera axĂ© sur les perspectives macroĂ©conomiques et budgĂ©taires, notamment la prĂ©sentation des hypothèses et projections affĂ©rentes au projet de loi de finances 2019 soumis Ă  votre sanction.

Permettez-moi, tout d’abord de vous entretenir sur l’évolution récente de l’environnement économique tant international que national.

Selon le FMI, l’activitĂ© Ă©conomique mondiale se raffermit, poussĂ©e par les investissements dans les pays avancĂ©s. En 2018, la croissance mondiale est estimĂ©e Ă  3,7% comme en 2017. Dans l’ensemble des pays avancĂ©s, le taux de croissance est estimĂ© Ă  2,4% en 2018, après 2,3% en 2017. Elle devrait ralentir dans la zone euro Ă  2,0% après 2,3% en 2017, en liaison avec la dĂ©cĂ©lĂ©ration de la croissance des exportations et, la hausse des prix de l’énergie. Au Japon, la croissance devrait se modĂ©rer Ă  1,1 % en 2018 après 1,7 % en 2017. Dans l’ensemble des pays Ă©mergents et des pays en dĂ©veloppement, la croissance devrait ĂŞtre stable entre 2017 et 2018, avec un taux de 4,7%. Toutefois, les Ă©volutions par pays sont contrastĂ©es. Ainsi, en Chine, il est prĂ©vu un lĂ©ger ralentissement de la croissance qui passe de 6,9% en 2017 Ă  6,6% en 2018. Par contre, en Inde, la croissance reste vigoureuse Ă  7,3%.

En Afrique subsaharienne, la croissance moyenne est estimée à 3,1% en 2018 contre 2,7% en 2017, en liaison avec un environnement extérieur plus favorable, notamment une croissance de l’économie mondiale plus forte, une hausse des cours des produits de base et un meilleur accès aux marchés des capitaux. Cependant, les progressions par pays n’ont pas la même vigueur. Au Nigeria, la croissance s’accélère, passant de 0,8% en 2017 à 1,9% en 2018, grâce au redressement de la production et des cours du pétrole. Par contre, en Afrique du Sud, les perspectives restent modestes dans un climat d’incertitude à l’approche des élections générales de 2019 ; la croissance devrait ralentir pour s’établir à 0,8% en 2018, après 1,3% en 2017, avant de remonter à 1,4% en 2019.

Dans la CEMAC, la reprise se poursuit, tirée par la remontée des cours des produits de base et du pétrole brut en particulier et, à la résilience des secteurs des services. Les dernières prévisions de la BEAC tablent sur une croissance de 1,7% en 2018 contre 0,2% en 2017, due à la progression de 3,7% dans le secteur pétrolier et 1,1% dans le secteur non pétrolier.

S’agissant des cours des matières premières, l’indice des prix des produits de base du FMI progresse de 3,3% entre fĂ©vrier et aoĂ»t 2018, tirĂ© par les prix de l’énergie (+ 11,1%). En ce qui concerne spĂ©cifiquement le pĂ©trole, son cours a franchi en juin 2018 la barre de 76 dollars le baril, son plus haut niveau depuis novembre 2014.

Concernant l’inflation, elle s’accĂ©lère au plan global mais, hors « alimentation et Ă©nergie Â», elle reste modĂ©rĂ©e. Dans les pays avancĂ©s, il est attendu un taux d’inflation de 2% en 2018 contre 1,7% en 2017. Dans les pays Ă©mergents et en dĂ©veloppement, le taux est estimĂ© Ă  5% en 2018 contre 4,3% en 2017. Dans la CEMAC, l’inflation devrait s’accĂ©lĂ©rer, passant de 0,9% en 2017 Ă  1,7% en 2018, en liaison avec les effets des politiques fiscales visant l’amĂ©lioration des ressources non pĂ©trolières.

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Commissaires,

Permettez-moi maintenant de vous faire le point sur l’évolution récente de l’économie camerounaise.

La situation économique est marquée en 2017 par la remontée des cours du pétrole, la persistance de la crise dans la zone CEMAC, les perturbations dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ainsi que la dévaluation du Naira.

La croissance Ă©conomique a connu une dĂ©cĂ©lĂ©ration, passant de 4,6% en 2016 Ă  3,5% en 2017. Ce ralentissement est essentiellement imputable Ă  la baisse de 17,7% de la production pĂ©trolière. A contrario, le secteur non pĂ©trolier enregistre une croissance de 5%, grâce Ă  la bonne tenue : (i) des BTP, en liaison avec la poursuite de la mise en Ĺ“uvre du programme de dĂ©veloppement des infrastructures, et (ii) des industries manufacturières qui bĂ©nĂ©ficient d’une amĂ©lioration de l’offre d’énergie. Les Ă©volutions sectorielles se prĂ©sentent comme suit :

Le secteur primaire enregistre une dĂ©cĂ©lĂ©ration de sa croissance, avec un taux de 3,2% après 5% en 2016. Cette situation est principalement due au flĂ©chissement de la branche « agriculture industrielle et d’exportation Â», rĂ©sultant de la baisse des cours des produits d’exportation, des conditions climatiques dĂ©favorables et des perturbations d’activitĂ©s dans les bassins de production des rĂ©gions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest.

Le secteur secondaire ralentit Ă©galement, avec un taux de croissance de 1,3% en 2017 contre 3,6% en 2016. Hors pĂ©trole, les activitĂ©s de ce secteur enregistrent une croissance de 7,1%, tirĂ©e par (i) les industries agroalimentaires, (ii) les autres industries manufacturières (notamment la fabrication des matĂ©riaux de construction, les industries chimiques et les industries de transformation du bois) et (iii) les bâtiments et travaux publics.

Le secteur tertiaire croĂ®t de 4,3% après 4,5% en 2016, grâce au dynamisme des branches Â« banques et organismes financiers », consĂ©cutivement (i) au dĂ©veloppement du Mobile money et (ii) des «transports», avec le regain d’activitĂ©s de Camair-co et dans les corridors desservant les pays voisins. Toutefois, les branches «commerce, rĂ©paration des vĂ©hicules», «informations et tĂ©lĂ©communications», «restaurants et hĂ´tels» et «autres services » sont en dĂ©cĂ©lĂ©ration.

Sous l’optique de la demande, la consommation finale s’accroit de 3,3% en 2017, tirée par la consommation privée qui progresse de 4,3%. Par contre, la consommation publique diminue de 1,6%, en liaison avec la poursuite de la politique de rationalisation des dépenses publiques. L’investissement ralentit, avec une croissance de 4,2% en 2017 contre 6,5% en 2016, consécutivement à la baisse de 6% de l’investissement public, du fait de l’achèvement de plusieurs projets de première génération.

Concernant les prix, l’inflation reste maitrisée et se situe à 0,6% en 2017, après 0,9% en 2016. Cette situation s’explique essentiellement par la stabilité des prix des produits alimentaires en liaison avec les mesures gouvernementales de lutte contre la vie chère.

Pour ce qui est de la compétitivité, le taux de change effectif réel (TCER) s’apprécie de 0,2%, traduisant une perte de compétitivité globale de l’économie camerounaise. Mais sur le plan structurel, l’indice de compétitivité du pays s’améliore, passant de 3,58 points en 2016 à 3,65 points en 2017.

Concernant les Ă©changes commerciaux en 2017, la balance commerciale est dĂ©ficitaire de FCFA 1 089,5 milliards, mais s’amĂ©liore de FCFA 38,2 milliards par rapport Ă  2016. Hors pĂ©trole, le dĂ©ficit est de FCFA 1 705,5 milliards, soit une dĂ©tĂ©rioration de FCFA 196,3 milliards. Le taux de couverture des importations par les exportations est de 63,3%. 

La structure des exportations révèle que le pétrole demeure le premier produit exporté, suivi par le cacao brut en fèves, les bois sciés, les bois en grumes, le coton, l’aluminium brut, les carburants et lubrifiants et la pâte de cacao.

L’Union européenne demeure le principal partenaire commercial du Cameroun, avec 39,7% de la valeur totale des échanges de biens. Mais sur le plan bilatéral, la Chine reste le premier partenaire commercial du Cameroun, avec 15,2% du montant total des échanges, suivie par la France, l’Italie et l’Espagne.

Au plan monĂ©taire, les avoirs extĂ©rieurs nets augmentent de 15,5% pour se situer Ă  FCFA 1 970,1 milliards. Cette Ă©volution s’explique entre autres par (i) les tirages reçus des partenaires au dĂ©veloppement dans le cadre des appuis budgĂ©taires, (ii) la remontĂ©e des cours du baril de pĂ©trole, et (iii) un meilleur rapatriement des recettes d’exportation. ReflĂ©tant l’évolution de ses contreparties, la masse monĂ©taire progresse de 7,7% et s’établit Ă  FCFA 5 163,8 milliards.

Dans le secteur bancaire, les dĂ©pĂ´ts augmentent de 9,5% et se chiffrent Ă  FCFA 4 012,1 milliards Ă  fin dĂ©cembre 2017. Ils sont dĂ©tenus pour une large part, par les particuliers (39,6%) et les entreprises privĂ©es (20,3%).

L’encours des crédits s’élève à FCFA 3 321,5 milliards, en hausse de 5,1%. Par type de clientèle, 66,1% de l’encours de crédits a été octroyé aux entreprises privées, 13,1% aux particuliers, 7,9% aux entreprises publiques et 7,7% à l’Administration publique centrale.

Dans le secteur de la microfinance, les dĂ©pĂ´ts s’accroissent de 9,3% pour se situer Ă  FCFA 668,2 milliards Ă  fin dĂ©cembre 2017 et les crĂ©dits de 2,8% soit FCFA 464,2 milliards. Le nombre total de comptes ouverts dans les EMF est de 3 031 096 contre 2 146 099 auprès des banques commerciales.

Dans le secteur des assurances, le marchĂ© est animĂ© par 28 compagnies, dont 17 dans la branche “Incendie-Accidents-Risques Divers ” (IARD) et 11 dans la branche “Vie et capitalisation”. Le chiffre d’affaires est en hausse de 1,6% par rapport Ă  2016.

Sur le marchĂ© financier, la capitalisation boursière de la Douala Stock Exchange (DSX) se chiffre Ă  FCFA 418,9 milliards, en hausse de 27,2% par rapport Ă  fin dĂ©cembre 2016. Elle se dĂ©compose en FCFA 145,5 milliards pour le marchĂ© des actions et FCFA 273,4 milliards pour le marchĂ© obligataire.

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Commissaires,

Permettez-moi maintenant de m’appesantir sur l’exécution du budget 2018.

Le budget s’exĂ©cute dans un contexte marquĂ© par (i) la conclusion satisfaisante de la deuxième revue du programme Ă©conomique et financier avec l’approbation du dossier du Cameroun par le conseil d’administration du FMI, (ii) l’adoption d’une loi de finances rectificative, (iii) l’évolution favorable des cours mondiaux du pĂ©trole, avec au premier semestre une augmentation de 35,6% en glissement annuel et (iv) l’amĂ©lioration de la capacitĂ© d’absorption des financements extĂ©rieurs.

Afin de prendre en compte les ressources supplémentaires engrangées grâce notamment à la hausse du prix du baril de pétrole, une ordonnance portant loi de finances rectificative a été adoptée. Dans le sillage de cette ordonnance, une circulaire complémentaire sur l’exécution du budget de l’Etat a été signée le 08 juin 2018. Elle modifie et complète certaines dispositions de la Circulaire n° 001/C/MINFI du 02 janvier 2018 sur l’exécution et le contrôle de l’exécution du budget de l’Etat pour l’exercice 2018.

Les résultats enregistrés au terme des neuf premiers mois affichent des taux de réalisation de 71,9% pour les recettes internes et 73,1% pour les emprunts et dons. Par composantes, les recettes pétrolières et les recettes non pétrolières présentent des taux de réalisation de 77,4% et 71,1% respectivement.

Du côté des dépenses, le taux d’exécution des dépenses budgétaires totales est de 63,1%. Par grandes rubriques, les taux d’exécution sont de 65,6% pour les dépenses courantes, 76,5% pour les dépenses d’investissement et 41,1% pour le service de la dette publique.

Les recettes budgĂ©taires internes s’élèvent Ă  FCFA 2 391,5 milliards, en hausse de FCFA 220 milliards par rapport Ă  fin septembre 2017. Elles comprennent FCFA 343,6 milliards de recettes pĂ©trolières, et FCFA 2 047,9 milliards de recettes non pĂ©trolières. Les recettes pĂ©trolières augmentent de 20,8%, du fait de l’impact positif de la hausse du cours du pĂ©trole.

Au terme de l’exercice, les ressources budgĂ©taires sont estimĂ©es Ă  FCFA 4 791 milliards, en hausse de FCFA 101,5 milliards par rapport Ă  l’Ordonnance, du fait d’une augmentation des appuis budgĂ©taires estimĂ©s Ă  FCFA 439 milliards. Les recettes pĂ©trolières devraient s’établir Ă  FCFA 443 milliards et les recettes non pĂ©trolières Ă  FCFA 2 887 milliards, dont FCFA 1 911 milliards d’impĂ´ts et taxes, FCFA 797 milliards de recettes douanières, FCFA 169 milliards de recettes non fiscales.

Les dĂ©penses budgĂ©taires sont Ă©valuĂ©es Ă  FCFA 2 959,7 milliards. Par rapport Ă  la mĂŞme pĂ©riode de l’exercice 2017, elles sont quasi stables (+0,2%). Par grandes rubriques, on note une baisse des dĂ©penses courantes hors intĂ©rĂŞts (-3,5%) et des dĂ©penses en capital (-12,2%). Par contre, le service de la dette publique enregistre une hausse de 85,4%, du fait de l’accroissement du service de la dette extĂ©rieure et des efforts d’apurement de la dette intĂ©rieure. A fin dĂ©cembre 2018, les dĂ©penses budgĂ©taires sont estimĂ©es Ă  FCFA 4 673,5 milliards.

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Commissaires,

Les secteurs sociaux demeurent la prioritĂ© majeure du Gouvernement. L’objectif principal dans ces secteurs est d’amĂ©liorer les conditions de vie des populations, de former et de renforcer les capacitĂ©s humaines. Les actions menĂ©es sont ainsi orientĂ©es vers (i) l’universalisation de l’éducation et le renforcement de la professionnalisation, (ii) l’amĂ©lioration de la santĂ© des populations, (iii) la promotion du genre et l’autonomisation des femmes, (iv) la protection sociale des personnes vulnĂ©rables, (v) la promotion de la jeunesse et de l’emploi et (vi) le dĂ©veloppement de l’habitat social. Pour les rĂ©aliser, une dotation de FCFA 1 008,6 milliards a Ă©tĂ© allouĂ©e en 2018 aux secteurs sociaux, ce qui reprĂ©sente 21,5% du budget de l’Etat.

Ainsi, le secteur Ă©ducatif a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une enveloppe de FCFA 637,2 milliards, soit 13,6% du budget de l’Etat. Les actions menĂ©es dans ce secteur ont contribuĂ©, entre autres, Ă  poursuivre l’universalisation du cycle primaire, dĂ©velopper les  infrastructures et Ă©quipements scolaires, intensifier la professionnalisation et renforcer la structuration de la recherche.

Dans le secteur de la santĂ©, la dotation budgĂ©taire de FCFA 175,2 milliards allouĂ©e Ă  ce secteur a permis, entre autres, de poursuivre l’amĂ©lioration de la santĂ© de la mère, de l’enfant et de l’adolescent.

En matière d’emploi, les actions du Gouvernement se sont poursuivies avec notamment (i) la promotion de l’emploi et le dĂ©veloppement de la formation professionnelle, (ii) l’amĂ©lioration de la protection et de la sĂ©curitĂ© sociale et l’accroissement de l’offre d’emplois dĂ©cents.

Pour ce qui est des jeunes, des femmes et de la protection des enfants, les actions menĂ©es concernent (i) la formation des jeunes Ă  l’entreprenariat et aux mĂ©tiers agropastoraux, dans les Centres Multifonctionnels de Promotion des Jeunes (CMPJ) du MINJEC et les Centres Nationaux de la Jeunesse et des Sports (CENAJES), (ii) la construction et la rĂ©habilitation de centres d’éducation, (iii) la vulgarisation des institutions juridiques de protection des droits des femmes auprès des leaders communautaires, (iv) la formation des fonctionnaires de police et magistrats Ă  la prise en charge des violences basĂ©es sur le genre et (v) l’octroi d’aides scolaires aux familles vulnĂ©rables.

Par ailleurs, pour lutter contre la pauvretĂ© chronique, le Gouvernement poursuit la mise en Ĺ“uvre du  projet « filets sociaux Â». A ce jour, ce projet a permis de toucher (i) 40 000 mĂ©nages pour le programme de transferts ordinaires, (ii) 12 000 mĂ©nages pour le programme de transferts monĂ©taires et (iii) 27000 individus pour le programme des travaux publics Ă  haute intensitĂ© de mains d’œuvre.

Dans le domaine des infrastructures, les actions gouvernementales relatives Ă  la mise en Ĺ“uvre de la politique de promotion du logement social et du dĂ©veloppement urbain, se sont poursuivies et concernent l’achèvement des travaux de construction de 1 010 logements sociaux. Au premier semestre 2018, dans le cadre du PLANUT, la construction des logements sociaux s’est achevĂ©e Ă  Ebolowa et se poursuit dans les autres villes.

S’agissant de la prĂ©vention et la protection sociale, le Gouvernement a poursuivi (i) la prise en charge holistique des personnes affectĂ©s par les crises humanitaires dans la rĂ©gion de l’ExtrĂŞme-Nord, (ii) l’éducation des personnes Ă  la prĂ©vention et la lutte contre les incapacitĂ©s et autres flĂ©aux sociaux, (iii) l’amĂ©lioration du plateau technique du Centre National de RĂ©habilitation des Personnes HandicapĂ©es « Paul-Emile LEGER Â» de YaoundĂ© et la construction du Centre National de RĂ©habilitation des Personnes HandicapĂ©es de Maroua.

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Commissaires,

Plusieurs rĂ©formes structurelles et institutionnelles se poursuivent dans les domaines des entreprises publiques, de la gestion des finances publiques et de l’amĂ©lioration du climat des affaires, en vue d’accroitre la performance de l’économie.

Ainsi, la restructuration de CAMTEL s’est poursuivie, pour l’adapter à la concurrence. L’Etat qui est l’actionnaire unique de cette société, l’a soutenue pour qu’elle investisse dans les infrastructures en vue d’une meilleure prise en charge des besoins dans le secteur des télécommunications.

Dans le secteur de l’eau, d’importantes rĂ©formes institutionnelles ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es. L’Etat a mis fin au contrat d’affermage de la Camerounaise des Eaux (CDE). Cette activitĂ© est exercĂ©e depuis le 02 mai 2018 par la sociĂ©tĂ© publique Cameroon Water Utilities (CAMWATER), dĂ©sormais en charge de la production et de la distribution de l’eau potable en milieu urbain et pĂ©ri urbain.

En ce qui concerne la CDC, un plan de restructuration et de soutien a été adopté pour lui permettre de surmonter les difficultés opérationnelles qu’elle connaît, du fait de l’insécurité à laquelle elle fait face dans certaines de ses zones d’implantation.

Dans le secteur de l’électricitĂ©, l’Etat a signĂ© le 27 avril 2018 avec la SociĂ©tĂ© Nationale de Transport de l’ElectricitĂ© (SONATREL), une convention de concession de gestion du rĂ©seau de transport de l’électricitĂ© en vue de permettre une prise en charge du rĂ©seau national Ă  compter du 01er Janvier 2019.

Pour ce qui est de la gestion des finances publiques, deux importantes lois ont Ă©tĂ© promulguĂ©es le 11 juillet 2018, Ă  savoir, la loi n° 2018/011 portant code de transparence et de bonne gouvernance dans la gestion des finances publiques, et la loi n° 2018/012 portant rĂ©gime financier de l’Etat et des autres entitĂ©s publiques. Par ailleurs deux importants dĂ©crets ont Ă©tĂ© pris dans le domaine de la gestion des marchĂ©s publics ; il s’agit (i) du dĂ©cret n° 2018/355 du 12 Juin 2018 fixant les règles communes applicables aux marchĂ©s des entreprises publiques et (ii) du dĂ©cret n° 2018/366 du 20 Juin 2018 portant code des marchĂ©s publics. Ces dĂ©crets ont pour principal objectif l’amĂ©lioration et le renforcement du cadre règlementaire de gestion des marchĂ©s publics.

Dans le cadre du processus d’amélioration et d’accélération de l’investissement public, le Premier Ministre a fixé les règles régissant le processus de maturation des projets d’investissement public à travers le décret 2018/4950/PM du 21 juin 2018.

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Commissaires,

Après cette revue rétrospective, permettez-moi à présent d’aborder avec vous les perspectives macroéconomiques et budgétaires qui sous-tendent l’élaboration du projet de budget de l’exercice 2019.

Au plan international, le FMI prévoit une stabilité de la croissance mondiale, à 3,7%. Elle est projetée à 2,1% dans les pays avancés, dont 2,5% aux Etats-Unis et 1,9% dans la zone euro. Dans les pays émergents et en développement, la croissance se situerait à 4,7%, portée notamment par la Chine (6,2%) et l’Inde (7,4%). En Afrique subsaharienne, elle est projetée à 3,8%, dont 2,3% au Nigeria. Dans la CEMAC, la BEAC prévoit une reprise, avec un taux de 3,4%.

Pour ce qui est des prix, l’inflation devrait se situer à 1,7% en 2019 dans la zone euro et 8,5% en Afrique subsaharienne, dont 13,5% au Nigeria. Dans la CEMAC, l’inflation est prévue à 2,2%, en dessous du seuil de la norme communautaire.

Au plan national, l’environnement économique est marqué par la persistance de la crise sociopolitique dans les régions du Sud-ouest et du Nord-ouest.

Les perspectives macroéconomiques pour 2019 restent cependant favorables, avec une croissance qui devrait rebondir à 4,4%. Cette reprise serait soutenue par le fonctionnement en plein régime de la nouvelle plate-forme offshore de gaz naturel, les effets multiplicateurs de la tenue de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football ainsi que l’amélioration de l’offre en énergie.

Du côté de l’offre, la croissance devrait être tirée par (i) l’amélioration de l’offre d’énergie électrique, (ii) les BTP, grâce à la poursuite des travaux de construction et de réhabilitation des infrastructures routières et l’accélération des travaux liés aux préparatifs de la CAN 2019, (iii) la hausse des activités du port de Kribi et (iv) les effets induits de l’organisation de la CAN 2019.

S’agissant des prix, l’inflation devrait se situer autour de 1,5%. Par conséquent, le budget de l’exercice 2019 selon les prescriptions du Chef de l’Etat, ambitionne la consolidation budgétaire afin de réduire progressivement le déficit budgétaire conformément au programme de réformes économiques en cours. Pour soutenir la croissance, les actions du Gouvernement devront prioritairement porter sur l’accompagnement du secteur privé dans la modernisation de l’appareil de production, la promotion des activités agropastorales et industrielles, l’amélioration de la compétitivité des entreprises, du climat des affaires et de l’accès au financement, la promotion des industries locales et de la transformation accrue des produits locaux. Pour y parvenir, des objectifs spécifiques sont déclinés en termes de recettes et dépenses.

Dans ce cadre, un budget de FCFA 6 212,5 milliards en Autorisations d’Engagements (AE) et FCFA 4850,5 en Crédits de paiements, a été projeté pour la mise en œuvre de 162 programmes dont 109 opérationnels.

En matière de recettes, l’objectif est de mobiliser de manière optimale les recettes budgétaires internes non pétrolières, dans un contexte marqué par la poursuite de la mise en œuvre de l’Accord de Partenariat Economique avec l’Union Européenne. S’agissant des impôts et taxes, il est question de l’élargissement de l’assiette fiscale, de la sécurisation des recettes et du circuit de collecte, du renforcement de la lutte contre l’évasion et la fraude ainsi que de la rationalisation de la dépense fiscale.

Pour ce qui est des recettes douanières, l’objectif poursuivi concerne l’intensification de la lutte contre la fraude douanière, commerciale et les trafics illicites, l’octroi des régimes douaniers suspensifs et économiques appropriés aux entreprises afin d’améliorer leur productivité.

Les ressources budgĂ©taires se dĂ©composent en recettes internes emprunts et dons.

Les recettes internes comprennent les recettes pĂ©trolières et les recettes non pĂ©trolières. 

S’agissant des prix, l’inflation qui se situe Ă  0,8 % au premier semestre 2018, ne devrait pas excĂ©der 2 % sur l’ensemble de l’annĂ©e, grâce aux mesures prises par le Gouvernement pour la maĂ®trise des prix.

S’agissant de l’élaboration du projet de budget 2019, le Chef de l’Etat a prescrit dans sa circulaire y relative, des directives allant dans le sens de la consolidation budgétaire afin de réduire progressivement le déficit budgétaire conformément au programme de réformes économiques en cours.

S’agissant des recettes internes, l’objectif principal demeure la mobilisation optimale des recettes non pĂ©trolières en vue d’accompagner la relance Ă©conomique. 

Les recettes pĂ©trolières sont projetĂ©es Ă  FCFA 450 milliards et comprennent la redevance SNH et l’impĂ´t sur les sociĂ©tĂ©s pĂ©trolières. La redevance SNH est prĂ©vue Ă  FCFA 357,7 milliards rĂ©partis en FCFA 321,7 milliards issus du pĂ©trole et FCFA 36 milliards du gaz. La projection de la redevance est basĂ©e sur (i) une production de pĂ©trole Ă  24,5 millions de barils, (ii) un cours du baril Ă  68,8 USD avec 3,5 USD de dĂ©cote, soit un prix du baril camerounais Ă  65,3 USD, et (iii) un rapport de change de 1 USD pour 555,1 FCFA.

Les recettes non pĂ©trolières  sont prĂ©vues Ă  FCFA 3 079,5 milliards incluant FCFA  2 058 milliards d’impĂ´ts et taxes, FCFA 841,5 milliards de recettes douanières, et FCFA 180 milliards de recettes non fiscales. Ces prĂ©visions sont faites sur la base d’un PIB non pĂ©trolier nominal de 5,8 % associĂ© Ă  l’impact positif des nouvelles mesures fiscales et douanières envisagĂ©es qui devraient rapporter 61,5 milliards dont 40 milliards pour la DGI et 21,5 milliards pour la DGD.

Les emprunts et dons sont prĂ©vus Ă  FCFA 1 321 milliards. Ils se rĂ©partissent en FCFA 588 milliards de prĂŞts projets, FCFA 329 milliards d’appuis budgĂ©taires dans le cadre du programme avec le FMI, FCFA 260 milliards d’émissions de titres publics et FCFA 79 milliards de dons. Le financement bancaire est projetĂ© Ă  FCFA 65 milliards.

Concernant les dĂ©penses, les choix budgĂ©taires restent guidĂ©s par la recherche d’une plus grande efficacitĂ© socio-Ă©conomique et par l’amĂ©lioration du service public Ă  travers une allocation et une gestion efficientes des fonds publics. Dès lors, le projet de budget de l’Etat pour l’exercice 2019 octroie dans ses grandes masses 50,8 % aux dĂ©penses directes de fonctionnement, 27,4 % aux dĂ©penses d’investissement et  21,7 % au service de la dette publique.

Ainsi, les dĂ©penses courantes sont projetĂ©es Ă  FCFA 2 465,5 milliards contre FCFA 2 342 milliards estimĂ©s pour l’exercice 2018. Elles comprennent FCFA 1 058 milliards de dĂ©penses de personnel, FCFA 895,2 milliards de dĂ©penses sur biens et services et FCFA 512,3 milliards de transferts et subventions. Il convient de souligner que l’augmentation significative des subventions depuis 2018 est imputable au soutien des prix des carburants Ă  la pompe, consĂ©cutif Ă  la remontĂ©e des cours du pĂ©trole.

Les dĂ©penses en capital sont provisionnĂ©es Ă  hauteur de FCFA 1 327,6 milliards en hausse de FCFA 36,1 milliards par rapport Ă  l’estimation de 2018. Elles comprennent FCFA 670,6 milliards de dĂ©penses sur ressources propres, FCFA 617 milliards de dĂ©penses sur financements extĂ©rieurs et FCFA 40 milliards de dĂ©penses de restructurations.

Le service de la dette publique est projetĂ© Ă  FCFA 1 057,4 milliards en 2019, en augmentation de FCFA 36,4 milliards  par rapport Ă  2018, avec FCFA 461 milliards pour la dette extĂ©rieure et FCFA 596,4 milliards pour la dette intĂ©rieure.

En dĂ©finitive, le projet de budget s’équilibre en recettes et en dĂ©penses Ă  la somme de FCFA 4 850,5 milliards, soit une hausse de 3,4% par rapport Ă  la loi de finances rectificative de l’exercice 2018.

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Commissaires,

Le budget est une prévision. Il y a toujours des risques que les recettes comme les dépenses ne soient pas réalisées au montant prévu, avec des implications différentes suivant le cas de figure. Un dépassement en recettes ne pose pas de problème. Une sous réalisation nécessite un ajustement en dépenses à moins de trouver un financement. Les besoins exprimés dépassant de loin les recettes prévues lors de la préparation du budget, trouver un tel financement ne va pas de soi.

Les perspectives budgétaires peuvent être influencées par des risques externes et internes. Les risques externes concernent la volatilité des cours de pétrole brut et un ajustement régional de la CEMAC incomplet. Conjugués au resserrement des conditions financières, ils pourraient mettre une pression sur les banques exposées aux obligations souveraines de la région. S’agissant des facteurs positifs, la stabilisation économique et l’amélioration de la confiance dans la région, ainsi que la hausse des prix du pétrole, stimuleraient la croissance et les recettes intérieures. Les risques intérieurs concernent les menaces liées à la sécurité dans les régions Sud-ouest et du Nord-ouest, des éventuelles dépenses imprévues liées à la CAN 2019, et la matérialisation des passifs contingents de certaines entreprises publiques.

Le Rapport sur la Situation et les Perspectives Economiques, Sociales et Financières de la Nation dont la teneur vient de vous être restitué fixe le cadre d’exécution du budget de l’exercice 2018 et les perspectives de finances publiques pour l’exercice 2019.

Je vous remercie pour votre bienveillante et aimable attention ./ »

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